Prix de l’eau : + 8,1 %

Un bien mauvais scénario

8,1%, c’est la hausse moyenne du prix de notre consommation d’eau au 01 janvier 2022, hors assainissement.Cette décision a été votée par notre maire en Conseil Communautaire (CC). Il y est également Président de la Commission de l’Eau et donc rapporteur du sujet depuis 2 mandats. Bien entendu, notre commune est restée à l’écart de tout débat sur la nécessité et les justifications de la hausse. Une des causes principales était pourtant annoncée depuis longtemps.

1-Une histoire connue

« L’eau est-elle potable à Saint-Hilaire-de-Lusignan ? »

Je posais ouvertement la question lors de la campagne municipale. Le Chlorure de Vinyle Monomère est un cancérogène avéré dégagé par des vieux tuyaux d’eau en PVC installés avant 1980. Notre réseau communal en est rempli. Tous les foyers ne sont pas impactés par une pollution significative, mais certains sont à plus de 10 fois au dessus de la norme. Seule solution pérenne, changer les tuyaux. Une cartographie précise des réseaux en PVC est effectuée en 2016. Les moyens mis en œuvre par les décisionnaires locaux pour solutionner le problème étaient encore début 2020 largement insuffisants. Avec une omerta entretenue, les citoyens, des enfants, des familles étaient dans l’ignorance alors que les élus responsables savaient depuis 2012.

2-La description des personnages principaux

Dans la presse et dans des tracts, j’ai reçu, avec mes colistières et colistiers, une violente volée d’insultes en réponse. Nous nous sommes faits traiter de corbeau, Pierre Delouvrié et le Président de l’Agglo me traitent de malhonnête, accusent mes propos de gros mensonges, de désinformation, de « vraies saloperies » diffamatoires, et se réservent même le droit de porter plainte…

Pour avoir donné une alerte publique, signalé le problème, mon équipe et moi-même avons été traînés dans la boue. Mais nous avons fait éclater le sujet.

3-Un retournement de…

18 mois plus tard, fin 2021, la question revient donc à l’Agglo avec Pierre Delouvrié. Il reconnaît du bout des lèvres (enfin!) le problème sanitaire et dit que c’est une question de santé publique. La décision est prise de changer quelques petits tronçons (pas tous) du réseau PVC dégageant les CVM nocifs pour la santé.

Pour le justifier, notre maire parle « d’engagement pour les générations futures ». Engagement honorable mais propos très difficiles à entendre quand de nombreux enfants de notre territoire ont bu pendant des années une eau impropre à la consommation. Il aurait fallu agir rapidement, faire un quadrillage serré du réseau PVC, faire des prélèvements systématiques et réguliers, et purger si problème. Ce qui n’a été fait que tardivement, de façon très ponctuelle et forcément très insuffisante.

36% du réseau de l’Agglo est concerné (source Agglo Agen). Mais notre commune est la plus impactée avec celle d’Astaffort. Et nos élus savaient…

4-Une explication

L’Agglo est propriétaire et responsable du réseau d’eau mais elle n’a pas l’argent pour le remplacer. Ah bon ? Depuis 1996, le budget de l’eau doit être parfaitement autonome et donc prévoir son remplacement complet et à neuf : c’est l’amortissement.

Pourtant, le taux appliqué pour le renouvellement du réseau, et décidé par les élus, dans le prix de l’eau est de 0,37% au lieu des 1,5% préconisés par le ministère public pour une gestion saine. En d’autres termes, actuellement il faut 300 ans pour renouveler intégralement le réseau à neuf alors que l’amortissement moyen préconisé est de 70 ans !

Quel bon gestionnaire peut croire qu’un réseau d’eau potable en PVC dure 300 ans ? L’erreur de prévision et du choix budgétaire est donc manifeste et ne date pas d’hier.

5-Un petit rebondissement

Certains élus de l’Agglo parlent de « tromperie » sur les choix qui ont été faits.

La stabilité de la nouvelle tarification unifiée de l’eau en 2019, préparée depuis 2013 et dont notre maire a été l’artisan, est déjà caduque.

Certains élus l’interrogent : pourquoi le budget négocié de l’eau à l’époque n’a pas pris en compte ces données de CVM et de fuites alors que le problème était parfaitement connu ?

Les ARS ont diffusé aux élus et sociétés délégataires la nécessité de prendre en compte, de tracer et de résoudre le problème CVM dès 2012 (ndlr).

Actuellement, toujours pas de réponse claire de notre maire Président de la Commission de l’Eau à l’Agglo.

Une supposition : à l’approche des élections municipales en mars 2020, une question de santé publique VS l’argument électoral du nouveau prix de l’eau…

Pour preuve, le Président de l’Agglo ose encore dire qu’« il ne faut pas alerter le ban et l’arrière ban », tout en reconnaissant qu’« on a une problématique de santé publique… je pense à Saint Hilaire, je pense à Astaffort », « les particules CVM ont été identifiées […] comme pouvant être nocives » (J. Dionis, CC du 02 déc 2021)

6-Un mauvais dénouement

L’augmentation de la facture moyenne au 01 janvier 2022 sera de 8,1% sur l’année !

La solution de facilité est d’augmenter radicalement et dans l’urgence le prix de l’eau. Le 30 septembre 2021 et le 02 décembre 2021, deux votes ont eu lieu à l’Agglo pour augmenter son prix au final de 18 centimes/m3 ainsi que l’abonnement afin de faire face entre autre aux coûts de renouvellement des tuyaux qui polluent ou qui fuient, ce n’est peut-être qu’un début.

« On s’attaque à ce problème de manière dimensionnante, de manière sérieuse, et ça donne les deux augmentations qui vous sont proposées » (J. Dionis, CC du 02 déc 2021)

Si l’amortissement avait été correctement budgété et géré depuis 25 ans, nous n’en serions pas là.

Le taux de renouvellement appliqué actuellement et depuis au moins 25 ans devrait permettre de remplacer environ 10% du réseau de l’Agglo sans hausse des tarifs (26×0,37%). Pourquoi ce n’est pas le cas pour cette reprise partielle ?

7-La morale de l’histoire

Consommateurs et citoyens de Saint-Hilaire-de-Lusignan : À la caisse ! Après la hausse de la taxe foncière de 7% en 2021, voici la hausse du prix de l’eau de 8,1% en 2022. Le tout sans débat, ni concertation municipale, ni annonce électorale !

On est vraiment impatients pour la suite de l’opus en 2023…mais pour les décideurs il n’y a sans doute pas de quoi se noyer dans un verre d’eau.

Gaëtan Vastesaeger, conseiller municipal.

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